Le ministère des Armées a officialisé la commande d’une nouvelle capacité hauturière de lutte contre les mines au profit de la Marine nationale. La Direction générale de l’armement (DGA) a retenu le groupement formé par Chantiers de l’Atlantique et Abeilles International pour déployer deux navires civils convertis, baptisés « Protée », d’ici 2028.
Cette décision s’inscrit dans le cadre du programme Système de lutte anti-mines du futur (SLAM-F), validé par la ministre des Armées Catherine Vautrin. Ce dispositif vise à garantir une autonomie opérationnelle complète en haute mer en combinant des plateformes navales, des drones autonomes et des centres de commandement embarqués.
Un partenariat stratégique pour doter la Marine nationale de navires hauturiers
Pour répondre aux besoins opérationnels immédiats de la flotte militaire française, la DGA a fait le choix de l’affrètement à long terme. Les deux navires civils seront mis à disposition pour une durée maximale de dix ans. Ces bâtiments afficheront une longueur d’environ 80 mètres pour un déplacement d’environ 4 000 tonnes.
La conduite des navires reposera sur une formule d’équipage mixte novatrice. La navigation et la manœuvre générale seront assurées par un équipage civil français d’Abeilles International. En parallèle, un détachement militaire spécialisé de la flotille dronisée de la Marine nationale prendra en charge la mise en œuvre opérationnelle des armes et systèmes de détection sous-marine.
Les bâtiments offriront une disponibilité élevée avec un potentiel estimé à 320 jours de mission par an pour chaque unité. Les navires maintiendront une capacité de préavis d’alerte sous 24 heures pour répondre à toute menace sous-marine émergente.
Les spécifications techniques et l’architecture modulaire des navires Protée
L’architecture des navires Protée repose sur le concept de modularité par conteneurs interchangeables. Cette configuration standardisée permet de modifier la charge utile des bâtiments selon les impératifs de la mission.
| Module opérationnel | Équipements et capacités intégrées |
|---|---|
| Commandement et contrôle | Systèmes informatiques et liaisons radio/satellite sécurisées |
| Drones de surface (USV) | Deux drones de surface SLAM-F d’une douzaine de mètres |
| Drones sous-marins (AUV) | Deux drones sous-marins autonomes de nouvelle génération |
| Neutralisation des mines | Outillage téléopéré de destruction d’engins explosifs |
| Plongeurs démineurs | Deux embarcations, infirmerie dédiée et caisson de recompression |
La conversion technique transformera d’anciens navires de soutien offshore. Chantiers de l’Atlantique pilotera le chantier naval comprenant la reconstruction du pont de travail principal et le réaménagement complet des espaces de vie.
Des drones de surface et sous-marins conçus pour opérer jusqu’en mer force 5
La mise à l’eau et la récupération des drones navals constituent un enjeu critique par mer agitée. Chantiers de l’Atlantique et la société NOVBLM ont mis au point un système de manutention spécifique capable d’opérer jusqu’à l’état de mer 5.
Les drones de surface SLAM-F embarqués mesurent 12 mètres pour une masse d’environ 20 tonnes. Équipés de sonars à antenne synthétique haute résolution en 3D, ces engins transmettent leurs données sonar en temps réel. Le traitement informatique des images sous-marines s’appuie sur des algorithmes d’intelligence artificielle pour identifier automatiquement les mines suspectes.
Pour le volet sous-marin, huit drones autonomes de nouvelle génération ont été commandés fin 2024 auprès des industriels Thales et Exail pour remplacer les anciens modèles A27. Ces livraisons s’échelonneront de 2028 à 2030.
Les coulisses de l’appel d’offres et l’implantation stratégique à Brest
Le groupement mené par Chantiers de l’Atlantique et Abeilles International (filiale du groupe espagnol Boluda) a remporté le marché face au consortium rival composé de SeaOwl et Naval Group.
Les deux plateformes seront stationnées sur la base navale de Brest, identifiée comme la zone géographique prioritaire. Les fonds marins de l’Atlantique nécessitent une présence permanente de bâtiments bases hauturiers, contrairement aux approches méditerranéennes de Toulon où les fonds sous-marins profonds permettent un déploiement direct des drones de surface depuis le littoral.
Protée 1 est attendu pour une mise en service opérationnel à l’été 2027, suivi de Protée 2 à l’été 2028.
Une solution de transition avant l’arrivée des bâtiments bases de guerre des mines
La flotte actuelle de la Marine nationale compte huit chasseurs de mines tripartites d’ancienne génération. Six de ces navires historiques seront définitivement retirés du service actif d’ici 2030, rendant l’arrivée des navires Protée indispensable pour éviter toute rupture capacitaire.
L’affrètement sur dix ans sert d’étape transitoire dans l’attente du lancement du programme définitif des Bâtiments bases de guerre des mines (BGDM), dont les commandes sont prévues entre 2027 et 2028. Ce renouvellement de la flotte consolide le leadership de l’industrie navale française dans la sécurisation des voies maritimes mondiales.
FAQ sur les navires Protée et le programme SLAM-F
Quand les navires Protée entreront-ils en service dans la Marine nationale ?
Le premier navire Protée 1 doit entrer en service actif à l’été 2027 à Brest. Le second bâtiment, Protée 2, rejoindra la flotte à l’été 2028 après l’achèvement de sa conversion technique chez Chantiers de l’Atlantique.
Quelle est la taille des navires hauturiers affrétés par la DGA ?
Les deux navires civils de soutien affrétés mesurent environ 80 mètres de longueur et affichent un déplacement de 4 000 tonnes. Ils disposent d’une autonomie permettant d’assurer jusqu’à 320 jours de mission par an.
Quels sont les industriels retenus pour fabriquer les drones de guerre des mines ?
Les drones sous-marins autonomes de nouvelle génération du programme SLAM-F sont fournis par Thales et Exail, avec des livraisons échelonnées de 2028 à 2030 pour succéder aux modèles A27.
Com informações de Portal de Notícias
