L’État français s’apprête à prendre une place centrale au sein du groupe minier Eramet. À travers une augmentation de capital de 500 millions d’euros prévue d’ici la fin de l’année 2026, l’Agence des participations de l’État (APE) va porter sa présence jusqu’à 49 % des droits de vote en Assemblée Générale. Cette opération majeure vise à restructurer le bilan financier d’un acteur clé des métaux critiques, tout en consolidant l’indépendance industrielle de la France et de l’Europe dans l’approvisionnement en nickel, manganèse et lithium.

Cette restructuration intervient dans un contexte de forte tension sur le bilan du groupe, marqué par un levier financier qui atteignait 5,5 fois l’EBITDA à la fin de l’exercice 2025. En combinant souscription directe et rachat de droits préférentiels de souscription auprès de la famille Duval, l’État s’affirme désormais comme l’acteur stratégique incontournable du secteur minier français.

Le montage financier : comment l’APE devient le premier actionnaire d’Eramet

Le schéma de recapitalisation arrêté par le conseil d’administration du 12 octobre 2026 redistribue les équilibres de gouvernance. L’APE, agissant via la structure FSI-Equation, souscrira à l’augmentation de capital à hauteur de sa participation actuelle de 27,1 %. En parallèle, l’État rachètera une partie des droits préférentiels de souscription (DPS) de la holding familiale Sorame-CEIR avec une décote de 5 % sur leur valeur théorique. L’accord garantit que l’APE ne dépassera pas le seuil de 49 % des droits de vote effectifs.

Le dispositif s’accompagne d’options d’achat et de vente complémentaires négociées avec la famille Duval. Celles-ci prévoient un prix d’exercice proche de la valeur théorique ex-droit, garantissant que la participation totale de la puissance publique reste sous le seuil de 50 % du capital. Sorame-CEIR s’engage à plafonner ses droits de vote à 30 %. L’opération a déjà passé une étape décisive avec la dérogation à l’obligation de déposer une OPA accordée par l’Autorité des marchés financiers (AMF), ouvrant la voie à la finalisation du plan de recapitalisation d’Eramet.

Pourquoi une levée de fonds de 500 millions d’euros était indispensable

L’urgence financière découle des résultats dégradés de l’exercice 2025. Eramet a enregistré une baisse de 54 % de son EBITDA ajusté à 372 millions d’euros et une perte nette part du groupe de 370 millions d’euros (hors filiale SLN). La détérioration des ratios financiers présentait un risque direct de non-respect des engagements bancaires de l’entreprise.

Indicateur financierNiveau fin 2025Objectif post-recapitalisation (déc. 2026)
Levier ajusté (Dette nette / EBITDA)5,5xInférieur à 3,0x
Gearing (Ratio d’endettement)125 %Inférieur à 100 %
Distribution de dividendesSuspendueReprise sous réserve d’un levier inférieur à 1,0x

Selon les déclarations de la présidente-directrice générale Christel Bories, l’injection de capitaux est indispensable pour préserver la pérennité du groupe. Sans cette opération avant la mi-2027, le refinancement de la dette arrivant à échéance à court terme serait fortement compromis par le dépassement des covenants bancaires.

Lithium et nickel : un portefeuille industriel aux performances contrastées

Le bilan opérationnel du groupe au troisième trimestre 2026 témoigne de dynamiques opposées selon les filières minérales. Les ventes ajustées sur neuf mois ont progressé de 7 % pour atteindre 2,395 milliards d’euros, tirées par le manganèse extrait au Gabon et la montée en puissance rapide du lithium en Argentine.

  • Lithium de Centenario (Argentine) : Le site atteint désormais 100 % de sa capacité nominale de production depuis octobre 2026, générant 4 260 tonnes d’équivalent carbonate de lithium au troisième trimestre.
  • Manganèse au Gabon : Socle historique du groupe, la division génère 482 millions d’euros de chiffre d’affaires trimestriel contre 421 millions l’année précédente.
  • Nickel de Weda Bay (Indonésie) : Ventes en net recul à 51 millions d’euros contre 142 millions un an plus tôt, sous l’effet d’une suspension temporaire des opérations et d’une révision des quotas de production par Jakarta.

Pour faire face à ces arbitrages industriels, Eramet envisage des monétisations ciblées d’actifs non stratégiques d’ici la fin de l’année 2026, incluant la cession de participations minoritaires dans certaines activités.

Souveraineté européenne et nickel calédonien : le rôle pivot de la puissance publique

L’engagement accru de l’État dans Eramet reflète une stratégie globale visant à garantir l’accès aux métaux essentiels aux technologies vertes et à la défense. Cette montée au capital s’articule avec le soutien massif apporté par Paris aux usines de nickel en Nouvelle-Calédonie, où la filiale SLN a bénéficié de 730 millions d’euros de financements publics directs depuis 2023.

Au niveau communautaire, l’accord signé le 20 octobre 2026 entre la Commission européenne et le gouvernement calédonien fixe un partenariat stratégique sur la chaîne de valeur des matières premières. L’initiative complète le lancement par Paris du dispositif France 2030 Métaux Critiques 3, destiné à développer le recyclage et la transformation sur le territoire national.

Calendrier et perspectives pour le refinancement d’Eramet

L’exécution de la levée de fonds est programmée avant la fin décembre 2026, sous réserve de la validation du prospectus par l’AMF et de la constitution du syndicat bancaire. Plusieurs étapes majeures viendront sceller la restructuration d’ici la mi-2027.

Les actionnaires minoritaires disposeront de la possibilité de souscrire ou de négocier leurs droits sur le marché. Le retour à un ratio d’endettement maîtrisé d’ici la fin de l’exercice 2026 constituera le préalable indispensable au rétablissement complet de la flexibilité financière du groupe.

Questions fréquentes sur la recapitalisation d’Eramet

Pourquoi l’État français augmente-t-il sa participation dans Eramet ?

L’État augmente ses droits de vote jusqu’à 49 % afin de désendetter le groupe Eramet, dont le levier atteignait 5,5 fois l’EBITDA fin 2025, et de sécuriser l’approvisionnement national en métaux critiques comme le lithium, le manganèse et le nickel.

Quel est le montant de l’augmentation de capital d’Eramet ?

L’augmentation de capital s’élève à 500 millions d’euros avec droits préférentiels de souscription. Sa réalisation est prévue d’ici la fin de l’année 2026 afin d’éviter le non-respect des covenants bancaires prévus pour mi-2027.

Quel est le statut de la famille Duval après cette opération ?

La holding familiale Sorame-CEIR cède une partie de ses droits préférentiels de souscription à l’APE avec une décote de 5 %. Elle devient le deuxième actionnaire de la société avec un engagement de ne pas dépasser 30 % des droits de vote effectifs.

Com informações de Portal de Notícias